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Pierre Gabriel Pembele,
alias Ngunza Tchang Lai « Mobali ya zazu » D'origine angolaise, Pierre Gabriel Pembele, alias Ngunza Tchang Lai « Mobali ya zazu », mort à Mbuji-Mayi (Kasaï oriental) en 1977, dans des circonstances n'ont élucidées jusqu'à ce jour, n'a jamais reçu l'hommage de la presse sportive congolaise. Le mercredi 11 juillet 2007 |
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Gloire du football congolais de la décennie 70, Ngunza Tchang Lai demeure dans la mémoire collective des congolais l'un des meilleurs joueurs de football de tous les temps. Les
journalistes sportifs congolais qui rivalisaient de superlatifs pour décrire avec enthousiasme son jeu déroutant, n'avaient pas eu l'opportunité de lui rendre l'hommage qu'il mérite.
SA mort était passée complètement inaperçue, la nouvelle de son décès étant parvenue à Kinshasa, sa ville natale, des mois plus tard. Après une banale déchirure musculaire à la cuisse gauche, Tchang Lai s'était vu contraint d'abandonner le ballon rond. Et pour éviter l'oisiveté, il se convertit dans le commerce des diamants. C'est ainsi qu'il s'était rendu à Mbuji-Mayi où il est décédé peu de temps après son arrivée. Plusieurs mois après, c'est grâce à un quidam que la nouvelle de son décès fut apprise par sa famille qui résidait à Kintambo. Eplorée, la famille du défunt n'a jamais su où était enterré celui qui avait, des années durant, émerveillé les kinois. Qui était Ngunza « Mobali Ya Zazu » ? Pierre Gabriel Pembele est né en 1944 dans la commune de Kintambo où son grand-père Pembele Lumingu qui avait quitté le village ancestral de Mavuyi, près de Maquela de Zombo en Angola, pour échapper, avec son épouse Henriette Kondika et leurs enfants, à la déportation (Ntonga) pratiquée par l'administration coloniale, s'est installé en 1934. Inscrit, comme tous les natifs de Kintambo, à l'école Saint-Georges des Frères des Ecoles Chrétiennes, Gaby comme on l'appelait, s'était illustré en pratiquant l'école buissonnière pour aller s'adonner à son sport favori, le football. A l'époque, les jeunes Kinois pratiquaient le football dans la rue, pieds nus, avec une balle de tennis, le ballon étant hors de prix. Très vite, le jeune Pembele arrive à jongler avec la petite balle de tennis avec une telle dextérité, qu'à lui seul, il était devenu un spectacle. Ainsi chaque jour vers 17 heures au moment où les ouvriers de la Chanic, une société de construction navale installée dans la commune de Kintambo, rentraient chez eux après une journée laborieuse, le jeune Gaby surnommé « Major » s'amusait sur le terrain de football de Chanic en jonglant avec la petite balle de tennis d'un bout à l'autre du terrain sans la laisser tomber. Emerveillés, les ouvriers de la Chanic applaudissaient le jeune talent, qui, sans s'arrêter, une seule fois, jonglait avec la balle de tennis sur la tête, la nuque, se retournait comme un éclair pour la prendre sur son genou, puis sur la cuisse avant de la faire basculer d'un coup sur la tête pour faire un amorti sur sa touffe de cheveu. Les élèves qui sortaient de Saint Georges venaient admirer leur condisciple adepte de l'école buissonnière s'adonner à l'exercice du football. Ses exploits dans l'équipe de l'Olympique Après avoir joué dans plusieurs équipes non bottées, Ngunza Tchang Lai fut recruté par le club sportif de l'Olympique qui, à l'époque évoluait en seconde division du championnat de football de Kinshasa. Pour la première fois, le jeune Pembele chaussa des bottines pour jour dans cette équipe de l'Olympique qui végétait en deuxième division et qu'il fit monter en première. Il jouait si bien que les spectateurs ne venaient assister à l'entraînement de l'Olympique que pour voir ses jongleries. Rentré dans la cour des grands du football kinois, il fut surnommé par le public « Ngunza », le « Prophète » à cause de son énorme touffe de cheveux qui le distinguait des autres joueurs. Evoluant désormais en première division au Stade Tata Raphaël, qui avec ses 80 000 places fut, pendant longtemps, le temple du football congolais ; Ngunza était parvenu au faîte de la gloire. Ses dribbles étaient si déroutants que, après avoir effacé un vis-à-vis, il lançait avec sarcasme, à chaque fois, en se retournant vite fait, « Petit joueur … » ! Pour humilier un adversaire, après l'avoir quasi tétanisé dans un mouvement de dribbles, il faisait monter le ballon pour le présenter comme un cadeau dans ses mains. Surpris, l'adversaire, dérouté se saisissait du ballon, geste qui, dans la surface de réparation, valait à coup sûr, un penalty que Ngunza se donnait le plaisir de transformer magistralement. C'est là que le public de surnomma « Dieu de ballon » (Nzambe ya balle). Parce que, avant de tirer, il lançait au gardien : « Petit joueur », tout en lui indiquant du doigt l'angle où il allait envoyer le ballon au fond des filets. C'était fatal, c'est de côté-là qu'il tirait sans que le gardien puisse se saisir du ballon. Alors le Stade Tata Raphaël rentrait en effervescence, sous les applaudissements des supporters de l'olympique, pendant que ceux de l'équipe adverse lui lançait des quolibets : « Pembele muzombo, zonga na mboka na yo angola… » (Pembele, Angolais, rentre dans ton pays !). Jamais dans l'histoire du football, un penalty a été marqué de cette façon.
On se souvient du « duel » qui l'avait opposé au célèbre musicien kinois feu Luambo Makiadi Franco du TP OK Jazz, à l'époque où ce dernier Président de l'équipe de V.Club, au cours d'un match historique dans un Stade Tata Raphaël, plein à craquer. Le match Olympique/V.Club attirait des foules parce que Ngunza étalait son meilleur jeu. Mené par l'Olympique qui avait marqué deux buts en première mi-temps, V.Club allait revenir au score en marquant, coup sur coup, dès le début de la seconde période. Habillé en boubou vert-noir, les couleurs de son club, Franco, accompagné par des milliers de supporters installés à « Moscou » (partie centrale du Stade occupée par les supporters V.Clubiens), se mit à danser de joie en chantant « Pembele muzombo, tika, tika kosakana na ngai, hé, hé… », (Pembele, Angolais, cesse de t'amuser avec moi !). Pour une fois, V.Club se mit à espérer finir le match au moins à égalité parce que face à l'Olympique, il était toujours battu. Alors pris de rage à cause des quolibets, Ngunza se mit à courir sur tout le terrain pour rattraper le ballon afin de laver l'affront. Ainsi, à la 85è minute, sur une longue lancée par le gardien de l'Olympique de sa surface de réparation, Ngunza s'empara du ballon et se mit à courir droit vers le but adverse poursuivi par 4 arrières de V.Club. Là, d'un coup de talon, il fut basculer le ballon au-dessus de sa tête avant de tirer, droit dans les buts, un coup imparable, digne de Pélé. Avec ce score, trois buts à deux en faveur de l'Olympique, l'espoir changea de camp. Sans plus attendre la fin du match, Franco de la tribune d'honneur, sorti du Stade suivi par la foule des supporters de son équipe. L'oncle de Ngunza, André Mayasi, un grand commerçant de Kintambo, paradoxalement, fan de Franco et supporter de V.Club fut poursuivi par une foule déchaînée qui voulait le lyncher parce que son neveu avait humilié le V.Club. Il fut sauvé de justesse grâce à l'intervention des jeunes de Kintambo qui venaient nombreux au Stade pour assister aux exploits d'un des leurs. Avec Ngunza dans ses rangs, l'équipe de l'Olympique battait presque toutes les équipes de première division à l'exception évidemment des Dragons, dont l'Olympique était « l'enfant » (muana ya !), en vertu d'une tradition ancrée dans l'esprit des Kinois. Pour ne pas humilier les vieux de Dragons, Ngunza à la demande des managers, s'arrangeait pour ne pas marquer. Finalement, Tchang Lai fut transféré dans l'équipe de Dragons où il poursuivit ses exploits à la grande joie de ses fans. A la fin de la saison, l'équipe de Daring dont les dirigeants étaient riches, mirent le paquet pour acheter Ngunza Ya Lai, mais l'étoile du joueur convoité se mit à pâlir à cause d'une banale déchirure musculaire, un mal que la médecine actuelle arrive à guérir sans trop de difficultés. Un épisode politique mérite d'être signalé Ngunza Ya Lai, « Mobali ya Zazu » à cause de son énorme chevelure fut sélectionné dans l'équipe nationale congolais qui s'appelait, à l'époque, « Les Lions » avant d'être rebaptisée « Les Léopards », dont il fut exclu à cause de ses origines angolaise. Un jour, alors qu'il roulait en voiture sur une rue de Kinshasa, Ngunza fut interpellé puis enlevé par les agents du service de sécurité du FNLA (le Front National de Libération de l'Angola), mouvement de libération qui luttait contre l'ancienne puissance coloniale portugaise. Après l'avoir retenu en détention dans un cachot pendant quelques jours, il fut libéré, sous réserve de ne plus entrer en contact avec les diplomates portugais qui voulaient obtenir son transfert dans une équipe au Portugal. Un journaliste américain, émerveillé par les exploits de Michael Jordan, n'a pas hésité à écrire que le fabuleux joueur est un Dieu incarné en basketteur. Pierre Gabriel Pembele, alias « Tchang Lai », était certainement un Dieu incarné en joueur de football. Son fils biologique, Tchang Pembele, qui vit à Paris a hérité des talents de son père. Il fut un moment sélectionné dans l'équipe nationale de football de l'ex-Zaïre. Il participa à la CAN à Dakar. Mais trop indiscipliné, refusant d'obéir à l'entraîneur national, il fut exclu des Léopards. Quatre autres de ses enfants vivent avec leur mère en Angola. Dernièrement, sa famille a adressé une lettre au gouvernement angolais pour demander son concours en vue de la réalisation d'un film pour immortaliser par l'image le phénoménal joueur congolais d'origine angolaise, Tchang Lai, mort à l'age de 33 ans. Ses exploits footballistiques resteront à jamais dans la mémoire collective des Kinois.
Que son âme repose en paix SDK ©Regard'Afrique |
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